Le Solex, la bicyclette à moteur

L'assemblage de ce vélomoteur mythique va reprendre l'année prochaine en France, sous une autre marque.

Paru le: lundi 18/04/2005

La légère pétarade, qui précède toujours l'arrivée de la célèbre bicyclette à moteur, pourrait laisser croire que celle-ci aime à se mettre en scène. À l'aube de son 60e anniversaire, la petite star en habits noirs n'a pris aucune ride et son look finement décalé est entré dans la légende.

L'aventure commence en 1946, quand Maurice Goudard et Marcel Mennesson, deux centraliens, mettent en vente le premier modèle de Vélosolex. C'est le début d'une véritable success story pour cette curieuse bécane qui ne manque pas d'atouts. Peu coûteuse à l'achat et à l'entretien, la petite n'a rien d'une gourmande, elle consomme seulement 1,5 litre de solexine (un mélange d'essence et d'huile, à faire soi-même aujourd'hui) au 100 kilomètres. Attention tout de même aux zigzags : son système de transmission par galet, qui impose un pneu lisse, et son moteur à l'avant rendent sa conduite très instable, voire périlleuse les jours de pluie.

Ce léger inconvénient n'a pas empêché l'increvable Vélosolex de traverser à son rythme, 35 km/heure, les âges et les époques. Alors, lorsque la production s'arrête en 1988 à Saint-Quentin (dans l'Aisne), les « solexphiles » ne veulent pas croire à sa fin définitive. Un entrepreneur hongrois, Gathy Kiss, leur donne raison en reprenant sa fabrication : 1 500 modèles sortent alors des chaînes de production chaque jour en Hongrie. Mais cette délocalisation du Solex en Europe de l'Est ne dure que jusqu'en 2002. La société de Gathy Kiss, Impex Hungaria, a accumulé rapidement de lourdes dettes et doit fermer.

Est-ce la fin d'une institution nationale ? Ce serait compter sans ses multiples admirateurs et l'esprit d'entreprise de Dominique Chaumont, qui décide au même moment de lancer la construction d'une version modernisée avec la création de Mopex, société française cette fois. « L'irréductible gauloise », après quelques péripéties, a donc regagné son territoire natal. La société Mopex doit commencer l'assemblage l'année prochaine en zone franche de Courrières (Pas-de-Calais) du vélomoteur sous le nom de « Black'n Roll », Dominique Chaumont estimant le rachat de la marque Solex trop cher. L'usine de 1 500 m² bénéficie du soutien de la société de capital-développement Finorpa, aidant à la reconversion de l'ancien bassin minier. Elle devrait également créer 40 emplois.

Mais Dominique Chaumont voit déjà plus grand. Il souhaite établir des partenariats au Brésil et sur le continent américain. Il s'est fixé l'objectif d'atteindre 5,2 millions d'euros de chiffre d'affares en 2007 et de fabriquer 5 000 unités distribuées dans toute l'Europe. Au prix public de 900 Euro environ, la star de 1946 devrait aisément séduire les nostalgiques, tout comme les nouvelles générations. Dans sa version actuelle, elle comprend un allumage électronique et plusieurs améliorations (dont le pot catalytique), qui lui permettent d'avoir une homologation européenne.

CLAIRE LEISINK